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PHOTOGRAPHIER C'EST UN ÉTAT D'ÊTRE.

La photographie est vraiment une occasion, parmi d’autres, de poser un regard sur le monde, sur notre entourage, notre décor et notre dedans.

Mes objectifs préférés du temps de mes appareils mécaniques étaient le fish-eye, le 24, le 135 et le 600 mm. J’avais pris soin de jeter tous les autres, surtout le 50 mm qui est celui de la vision normale.

Je suis passé au numérique en 2007 au milieu de l’Atlantique sur un paquebot, entre 2 belles vagues.

JE NE SAIS PAS SI JE SUIS PHOTOGRAPHE.

C’est bien plus qu’un attribut, un état d’être. Il faut un mood particulier, pour trouver ce regard, pouvoir cadrer et fixer l’autour. Je peux passer mille fois devant quelque chose et ne pas être en état.

Puis un jour, une soudaineté, je ne vois plus les choses de la même façon; je me réveille et vois autre chose, un détail, une perspective, un frisson, une lueur et je deviens dès lors en état de photographe, en état de photographier. L’accalmie peut durer des mois.

J'AI EXPOSÉ.

En France, à Vancouver (la planète des fous), à Val-d'Or, à Rouyn-Noranda, à Montréal (lécher les couleurs) plusieurs fois en collectif ou solo.

J’ai fait un projet avec des patients, des IMPATIENTS à qui j’avais donné des
disposables, des jetables: nous avons exposé au Mois de la Photo de Montréal (Impatience photographique).

J’ai fait une couverture de magazine : CMAJ en 1989; celle d’un livre en 1988,Transitions.

JE NE SUIS JAMAIS PARVENU À PRENDRE EN PHOTO UN ORNITHORYNQUE:

C’est le drame de ma vie.

J'AI QUAND MÊME PRIS LE MUR DE BERLIN.

Du temps de l’Afghanistan occupé par les Russes (galerie murmure). Les gens de l’Ouest avaient peint une échelle pour monter ce mur vers l’Est. Ils avaient écrit à côté de l’échelle “HELP AFGHANISTAN”. Écriture à l’envers comme si le mur était transparent et lisible par l’autre coté. Depuis, le mur est tombé, les Russes sont partis, l’Afghanistan est de nouveau occupé par d’autres. La lecture à l’envers et à l’endroit du secours, du help, n’est plus possible, l’échelle évanouie.

Il faut alors un peu de folie, un peu d’ironie dans nos prises de vue, nos prises de vie. Le temps s’écoule comme l’eau des arrosoirs, des fleuves et de la mer. La photo nous donne l’illusion qu’on l’arrête, que l’eau peut stagner. Un petit instant.

Je n’ai toujours pas pris d’ornithorynque et c’est le charme de ma vie.

Emmanuel Stip

Photographe